"Pas d'air pur sous un gouvernement corrompu" : manifestations en Indonésie
Des milliers d'Indonésiens ont protesté mercredi à Jakarta et dans d'autres villes d'Indonésie pour protester contre les difficultés économiques, la corruption et la gestion par le gouvernement des incendies dévastateurs dont les fumées toxiques ont rendu des milliers de personnes malades.
Des milliers d'Indonésiens ont protesté mercredi à Jakarta et dans d'autres villes d'Indonésie pour protester contre les difficultés économiques, la corruption et la gestion par le gouvernement des incendies dévastateurs dont les fumées toxiques ont rendu des milliers de personnes malades.
"Pas d'air pur sous un gouvernement corrompu", ou "Vous avez faim ? Mangez les riches !", invitaient des pancartes, au milieu de manifestants qui faisaient le salut à trois doigts, repliant le pouce et l'auriculaire, inspiré de la saga dystopique Hunger Games.
Sekar, 37 ans, est venue "faire entendre sa voix" parce que son "cœur est brisé" face au sort de ses compatriotes qui souffrent depuis des mois des incendies et des fumées qui s'en dégagent, tout en subissant les conséquences d'une monnaie qui s'affaiblit et de la hausse des prix.
"Je suis venue ici avec l'intention de protéger les étudiants", qui sont à l'origine de la mobilisation, explique-t-elle. "Je repérerai tous les policiers qui oseront poser la main sur eux et les emmener, je serai la première à m'avancer pour les défendre."

Quelque 14.000 policiers et soldats ont été déployés à Jakarta pour contenir les manifestations, selon la police.
Des bousculades ont eu lieu entre les premiers rangs de manifestants et les forces de l'ordre qui tentaient d'éloigner la foule en mouvement de Bundaran HI, dans le centre de Jakarta.
La police a tiré plusieurs grenades lacrymogènes, tandis que certains manifestants lançaient des bouteilles d'eau en plastique à moitié vides sur les forces de l'ordre et brûlaient des déchets dans la rue.
De nombreuses personnes ont exprimé une colère directement dirigée contre le président Prabowo Subianto, dont la popularité, deux ans après sa prise de fonctions, a atteint des niveaux historiquement bas, sur fond d'allégations de corruption généralisée au sein du gouvernement et d'autoritarisme croissant.
"Hé, Wok ! Personne ne nous a payés. On te déteste tous gratuitement",pouvait-on lire sur une pancarte, qui utilisait un surnom péjoratif pour désigner le dirigeant.
Le gouvernement a assuré mercredi qu'il "comprenait les préoccupations des étudiants concernant les questions environnementales, l'économie, l'éducation, la réforme du système judiciaire et la gouvernance, ainsi que la protection des droits humains et de la démocratie".
Selon le porte-parole Kurnia Ramadhana, plus de 72.000 personnes ont été mobilisées dans les opérations de lutte contre les incendies, plus de 2.100 médecins et personnels de santé ont été déployés et plus de 5,3 millions de masques ont été distribués.
- "Ils ne peuvent pas respirer" -
Le comité d'organisation de la manifestation, qui se fait appeler SADAR ("conscient" en indonésien), a déclaré que l'action de mercredi symbolisait la "révolution en marche".
Le groupe exige que le gouvernement déclare l'état d'urgence national afin de débloquer davantage de ressources pour lutter contre les incendies qui ravagent ce vaste archipel et qui, selon l'observatoire de la déforestation Nusantara Atlas, ont détruit plus de 1,9 million d'hectares au cours des neuf premiers mois de l'année.

"Des dizaines de milliers de bébés souffrent de problèmes de santé. Ils ne peuvent pas respirer" à cause du brouillard étouffant contenant des particules toxiques, a déclaré Anette Mau, 47 ans, manifestante membre de l'ONG Alliance des mères indonésiennes.
Ce brouillard qui se répand dans la région a également grippé les relations entre l'Indonésie et ses voisins.
Le ministre des Affaires étrangères de Singapour, Vivian Balakrishnan, doit rencontrer le président indonésien Prabowo Subianto à Jakarta mercredi.

La veille, M. Balakrishnan avait déclaré que le brouillard causé par les fumées des feux n'était "pas un phénomène naturel" et que les incendies "avaient été provoqués par l'activité humaine".
Pour Anette Mau, le gouvernement indonésien "tente de dissimuler" le problème plutôt que de le résoudre. Elle estime que son peuple est "opprimé par un régime tyrannique".
Les organisateurs de la manifestation ont jugé dans un communiqué transmis à l'AFP, que sous la présidence de Prabowo Subianto, "la souveraineté de la classe dirigeante prime sur celle du peuple".
Ils ont également dénoncé "la mauvaise gestion d'une économie criblée de dettes, l'exploitation environnementale et énergétique qui a déclenché une crise écologique, ainsi que l'érosion de l'État de droit et de la démocratie".
Hormis Jakarta, des manifestations ont également eu lieu ailleurs sur l'île de Java, notamment à Bandung (ouest), à Yogyakarta (centre) et à Malang (est), mais aussi à Makassar, dans le sud de l'île des Célèbes.
bur-mlr/cn/liu