Climat: quinze jeunes s'attaquent à l'État canadien dans un procès inédit
Quinze jeunes, qui vont tenter de faire condamner l'État canadien pour inaction climatique dans un procès sans précédent, ont été acclamés par des militants pour le climat réunis lundi matin devant une cour fédérale de Vancouver (ouest), où s'est ouvert le procès.
Quinze jeunes, qui vont tenter de faire condamner l'État canadien pour inaction climatique dans un procès sans précédent, ont été acclamés par des militants pour le climat réunis lundi matin devant une cour fédérale de Vancouver (ouest), où s'est ouvert le procès.
Cinq semaines d'audiences sont prévues dans ce procès intitulé La Rose (du nom d'une plaignante) contre sa Majesté le Roi. Ces jeunes âgés de 17 à 25 ans chercheront à démontrer que "leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la sécurité" ont été bafoués par un État qui n'a pas su les protéger de la "menace existentielle" posée par le changement climatique.
"De nombreuses preuves seront présentées pour démontrer que le changement climatique a déjà des conséquences importantes sur la santé des plaignants ainsi que d'autres enfants au Canada", a déclaré lundi l'une des avocates des jeunes Canadiens, Catherine Boies Parker.
Par la voix de son conseil, BJ Wray, le Canada a rejeté lundi l'imposition de toute nouvelle "obligation" au gouvernement fédéral, arguant que le changement climatique reste "sous le contrôle du reste du monde".
Ces jeunes attendent du tribunal qu'il oblige l'État canadien à renforcer son plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi à respecter ses objectifs. Actuellement, ce plan, moins ambitieux que celui d'autres puissances, prévoit 40 à 45% de réduction en 2030 par rapport à 2005, et le gouvernement a déjà indiqué récemment que cet objectif ne serait pas atteint.
Les avocats vont faire défiler au cours des deux prochaines semaines à la barre scientifiques, pédiatres ou ingénieurs pour expliquer les conséquences très concrètes du changement climatique sur ces jeunes et leur santé physique et mentale. Ce procès, qui intervient après sept ans de procédures, doit s'achever fin février 2027.
- "Terrifiée" -
Première plaignante appelée à témoigner lundi, Kira Young, 20 ans, a fait le récit poignant de l'évacuation de sa famille lors du feu de forêt qui a ravagé sa région natale de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest (nord), en août 2023.
"Ce matin-là, lorsque nous sommes partis, il y avait beaucoup de fumée et nous avons conduit à travers les flammes qui se rapprochaient de notre maison", raconte, photos d'incendies et de destructions à l'appui, la jeune étudiante adepte de sports en extérieur.
"J'étais terrifiée, j'étais si triste", ajoute-t-elle, l'émotion dans la voix, en décrivant les conséquences persistantes, tant respiratoires que psychologiques, qui résultent de ces feux de forêts.
Finalement en mesure de regagner son domicile près d'une semaine après son évacuation vers le sud, Kira Young s'estime désormais "responsable de mettre à profit son expérience en faveur d'un avenir où personne (...) n'aura à se demander comment plier bagage en moins de 36 heures".
- Une "question légale" -

L'examen par un tribunal du respect de la Constitution par l’État fédéral en matière climatique est inédit au Canada.
Si, pour Catherine Boies Parker, les autorités considèrent que "le changement climatique est un problème politique", il s'agit bien, selon elle, "d'une question juridique". Un tribunal peut légitimement s'en saisir "quand l'action d'un gouvernement cause du tort à ses citoyens", ajoute-t-elle.
"Il est important de garder à l'esprit que les défendeurs ont conscience de ce problème depuis des décennies", a-t-elle déclaré à la cour lundi.
Ailleurs dans le monde, des centaines d'autres affaires ont été portées ces dernières années devant les tribunaux afin de contraindre les États à l'action contre le changement climatique, avec des succès retentissants comme en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Corée du Sud.

Selon Maria Antonia Tigre, du Sabin Center for Climate Change Law à l'université Columbia, l'affaire allemande et l'avis consultatif retentissant de 2025 de la Cour internationale de justice, sur l'obligation des États de protéger le climat "pour les générations présentes et futures", pourraient être pris en compte par la justice canadienne.
Ce procès intervient alors que le Premier ministre Mark Carney, au pouvoir depuis mars 2025, a aboli plusieurs mesures environnementales prises par son prédécesseur Justin Trudeau, comme la taxe sur le carbone pour les particuliers et le plafond des émissions du secteur pétrolier.
En pleine guerre commerciale avec les États-Unis, M. Carney veut lancer d'importants projets, notamment dans l'énergie, afin de réduire la dépendance du Canada vis-à-vis de son voisin du sud, au détriment des engagements climatiques pris par l'ancien gouvernement.