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La Turquie, un pied dans les énergies renouvelables, l'autre dans le charbon

Sur une colline exposée à tous les vents, à une heure de route au nord-ouest d'Istanbul, le parc éolien de Çatalca, en Turquie, tourne à plein régime depuis 18 ans. Mais le symbole est trompeur.

Sur une colline exposée à tous les vents, à une heure de route au nord-ouest d'Istanbul, le parc éolien de Çatalca, en Turquie, tourne à plein régime depuis 18 ans. Mais le symbole est trompeur.

Le parc produit 287 millions de kilowatts/heure par an, de quoi alimenter environ 115.000 foyers et "éviter 185.936 tonnes d'émissions de carbone chaque année", assure à l'AFP son exploitant, Sanko Enerji.

Alors que l'électrification s'impose comme l'un des thèmes centraux de la COP31 qui s'ouvre à Antalya (sud) lundi, le pays hôte milite pour un sommet axé sur la transformation des engagements en actions concrètes. Mais sa propre vérité est têtue : le charbon reste - et restera longtemps - la principale source de production d'électricité en Turquie.

Selon le groupe de réflexion Ember, 43 % de l'électricité turque provenait l'an passé de sources propres, dont 22 % pour l'éolien et le solaire et 16% pour l'hydroélectricité, qui a atteint des niveaux record, portée par de fortes pluies.

Le ministre de l'Énergie, Alparslan Bayraktar, veut porter la capacité de solaire et d'éolien d'environ 40 gigawatts aujourd'hui à 120 gigawatts d'ici 2035.

Mais la Turquie continue de construire de nouvelles centrales au charbon et ne s'est pas fixée d'objectif formel de sortie des énergies fossiles.

"La dépendance persistante de la Turquie au charbon, combinée aux projets d'expansion supplémentaires, met en évidence la contradiction au cœur de sa trajectoire actuelle", explique à l'AFP Duygu Kutluay, de l'organisation Beyond Fossil Fuels.

- "Feuille de route claire" -

Les centrales au charbon représentaient encore le tiers de la production nationale d'électricité en 2025, selon le ministère. Et les projets d'extension risquent "d'enfermer le pays dans une dépendance accrue", prévient l'ONG.

Ankara, avant tout, nourrit ses ambitions de développement et se contente "de simplement répondre à une demande supplémentaire". Le défi, insiste Beyond Fossil Fuels, ne consiste pas seulement à développer les renouvelables, mais à définir "une feuille de route claire pour la sortie du charbon".

Interrogé par l'AFP en février, le ministre de l'Énergie avait déclaré privilégier la sécurisation de l'approvisionnement en énergie à un coût abordable et la réduction de la dépendance aux importations des énergies fossiles.

"Le charbon peut d'abord être remplacé par le gaz, mais à moyen et long terme, il peut être substitué par le nucléaire", avait-il indiqué.

À chaque pays sa trajectoire propre, plaide Ibrahim Erden, président de l'Association turque de l'énergie éolienne. "Il n'existe pas de voie unique qui convienne à tout le monde", assure-t-il.

"Le rythme et le calendrier dépendent de facteurs tels que la structure du système énergétique, les conditions économiques, les impératifs de sécurité énergétique et les ressources disponibles pour accompagner ce changement."

Mais beaucoup d'analystes, à l'instar d'Emin Emrah Danis, directeur du cabinet de conseil énergétique MOBEN, estiment que la politique turque est trop dictée par la hausse de la demande et le besoin d'une capacité de production constante, 24 heures sur 24.

- Arguments climatique et géopolitique -

"C'est la raison pour laquelle la Turquie a massivement investi dans des centrales électriques au gaz et au charbon au cours des 30 dernières années", assure-t-il, relevant que baisser significativement la part du charbon passera par des investissements considérables dans le stockage de l'électricité et le nucléaire.

L'unité 1 de la centrale nucléaire d'Akkuyu (sud), au bord de la Méditerranée, doit entrer en service d'ici la fin de l'année. Toutefois, les deuxième et troisième centrales prévues ne pourront remplacer le charbon avant environ 2040, assure l'expert.

Selon lui, "la sortie complète du charbon s'étendra jusqu'au milieu des années 2050".

"Si les renouvelables ne couvrent pas la hausse de la demande d'électricité, l'électrification risque d'accroître la demande de charbon et de gaz importés", explique-t-il. En revanche, "si l'éolien et le solaire y parviennent, la Turquie réduira simultanément sa facture d'importations de pétrole et de gaz ainsi que ses émissions".

Ibrahim Erden insiste pour sa part sur le besoin d'investir dans la modernisation de l'appareil industriel. "Nous ne pouvons pas compter uniquement sur l'éolien et le solaire (...). Les infrastructures technologiques et physiques ne sont pas encore capables de soutenir un tel scénario", avertit-il.

Et au-delà du seul argument climatique, les tensions géopolitiques rendent les énergies fossiles plus incertaines que jamais.

"Les renouvelables ne sont pas seulement l'un des outils les plus efficaces pour lutter contre le changement climatique, mais aussi un moyen de renforcer la sécurité énergétique et de réduire la dépendance aux approvisionnements étrangers", fait-il valoir.

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